PSD2 est plus qu’une révolution : c’est une évolution, du moins pour les entreprises belges comme je l’ai démontré dans mon précédent article: ‘PSD2 pour entreprises : révolution ou évolution ?‘. PSD2 crée les conditions propices au lancement de nouveaux services de paiement plus sécurisés qui simplifient la gestion financière de votre entreprise.

Voici un article invité signé Rik Coeckelbergs.

De nouvelles plates-formes multibancaires offriront leurs services. Mais les plates-formes existantes peuvent encore améliorer leurs prestations et sont solidement ancrées pour offrir la vue d’ensemble la plus complète possible sur la situation financière du client. En plus des accords bilatéraux avec les institutions financières, les plates-formes existantes pourront tirer parti de la convivialité uniforme qui a contribué à leur réputation via PSD2.

 

Bienvenue dans l’économie des données

PSD2 oblige les banques à ouvrir leurs systèmes, sans générer nécessairement de nouvelles sources de revenus. Ce qui veut dire que, si l’on s’en tient à une interprétation limitée, cette directive n’entraîne que des coûts pour les banques, sans aucune compensation en termes de revenus. Cela a évidemment conduit les institutions bancaires, les consultants et les fournisseurs de logiciels à réfléchir à la façon dont ils pourraient tirer le meilleur parti de cette législation.

Les prestataires de services financiers sont obligés d’explorer progressivement le monde des API. Pour les entreprises, que signifie le fait que les banques soient tenues de partager les détails de leurs comptes via des API ?

Dans certains secteurs, on voit éclore des idées pour de nouveaux services. Prenons le marché locatif, par exemple, où les institutions peuvent contribuer de façon créative au suivi des paiements des locataires. Dans le cas des commerçants qui dépendent également d’un chiffre d’affaires supplémentaire grâce à l’octroi de crédit, l’analyse de la solvabilité peut être effectuée d’une autre manière lorsque les entreprises ont accès aux données des comptes des consommateurs. Les services associés à des limites d’âge (magasins d’alcool en ligne, casinos en ligne) peuvent obtenir de meilleures garanties, grâce à la connexion avec les banques, pour vérifier que le client a effectivement l’âge minimum requis.

Les nouveaux acteurs comme les acteurs existants vont certainement proposer des solutions innovantes qui pourront mieux aider les clients professionnels en matière de gestion de trésorerie ou d’administration comptable par exemple.

 

Que signifie PSD2 pour vous, entreprise,  en termes de suivi des comptes dans  différentes banques ?

PSD2 crée des opportunités pour toutes les entreprises qui gèrent des comptes dans différentes banques. La circulation des données sera dès lors plus libre et surtout mieux structurée au-delà des frontières nationales. Pour qu’un compte soit efficace, il faut que les données de ce compte soient claires et uniformes. Les banques sont tenues de fournir des mises à jour des informations sur les comptes au moins 4 fois par jour.

PSD2 pourrait marquer un jalon sur la voie d’une plus grande ouverture de la part des banques en termes de reporting. Les utilisateurs professionnels peuvent encore rencontrer certaines restrictions aujourd’hui :

  • Lorsqu’il s’agit de transmettre des renseignements sur des comptes (Services d’information sur les comptes), PSD2 impose un ensemble limité de données qui peuvent être insuffisantes pour l’utilisateur professionnel, notamment en termes de réconciliation des comptes. D’autres formats comme Swift ou CODA fournissent des informations beaucoup plus riches qui peuvent s’avérer importantes pour la gestion opérationnelle ou dans le cadre de la conformité réglementaire.
  • Pour les paiements provenant de différents comptes, vous devez signer par banque à l’aide de l’outil de signature de la banque. Jusqu’à présent, il n’y a pas de signature unique pour l’ensemble des banques. La gestion des processus complexes d’approbation des paiements ne fait pas non, plus partie du périmètre de PSD2.
  • En tant qu’entreprise, vous devez tous les 90 jours renouveler la permission d’accéder à tous vos comptes bancaires. Ce qui n’est pas une sinécure pour les entreprises qui ont plusieurs – parfois des dizaines – de comptes.

Les plates-formes qui parviennent à conclure des accords avec les institutions financières pour dépasser les obligations de PSD2 via des API sont idéalement placées pour conserver une longueur d’avance à l’ère Open Banking. La véritable valeur ajoutée ne se concrétise qu’à partir du moment où l’information en temps réel peut être obtenue avec toute la richesse des informations de comptes structurées telles que les messages camt, CODA ou SWIFT, et ce chaque fois qu’une nouvelle transaction intervient sur le compte et seulement 4 fois par jour.

Des systèmes comme Isabel sont parfaitement placés pour jouer un rôle de pionnier dans ce domaine et surmonter les « limitations PSD2 » précitées. Il appartient ensuite aux entreprises de s’organiser de manière à tirer pleinement parti du reporting en temps réel.

 

La finance en tant que partenaire commercial à l’ère de l’Open Banking

PSD2 représente un excellent point de départ pour aller de l’avant. À titre de comparaison avec le chemin de fer par exemple, où les voies classiques du train à vapeur sont aujourd’hui utilisées pour les trains électriques, PSD2 serait ce train électrique pour lequel de nouvelles lignes électrifiées sont en cours d’installation au-dessus des voies. Demain, l’infrastructure pourra également servir aux trains à grande vitesse.

La fiabilité des données est la clé d’une analyse ultra-performante des données. La garantie de données fiables et structurées au niveau européen crée de formidables opportunités pour les entreprises. Et si tout cela peut se faire en temps réel, l’entreprise a toutes les cartes en main pour un suivi encore plus rapide de votre situation financière.

Désormais, de plus petites entreprises vont pouvoir, elles aussi, investir dans l’automatisation des opérations de réconciliation et de reporting. Les systèmes peuvent générer des rapports quand ils en ont besoin, avec des données beaucoup plus précises. Et l’on perd moins d’énergie à contrôler parce que les rapports sont plus fiables.

Ce gain de temps peut ensuite être utilisé pour créer une réelle valeur ajoutée au sein de l’entreprise. En combinant avec de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle et l’apprentissage machine, il sera possible d’évoluer vers la finance en tant que Business Partner.

Le passage du contrôle de gestion au conseil facilitera le dialogue avec les différents départements. Votre service financier pourra par exemple entamer un dialogue proactif avec les départements Achat et Vente afin d’identifier comment parvenir au meilleur équilibre possible, avec un impact immédiat sur le résultat d’exploitation.

Désormais, l’analyse des flux de trésorerie peut être confiée à des ordinateurs, ce qui garantit des prévisions beaucoup plus objectives. Un data mining ciblé permet de clarifier les choses plus rapidement en cas de résultats inattendus. Votre département financier peut formuler de meilleures réponses à toutes sortes de questions : par exemple, quand peut-on s’attendre à un excédent de liquidités ou l’affacturage ou une autre forme de crédit est-il le bon choix pour continuer à honorer ses obligations de paiement ? Ou encore comment organiser la gestion de trésorerie de manière plus rentable à l’avenir ?

Autant de questions auxquelles il est possible d’apporter des réponses plus correctes, dans une perspective appropriée.

 

Conclusion

La gestion financière est une question de contrôle des risques. Des données uniformes, de préférence en temps réel et dans un environnement hautement sécurisé, peuvent faire toute la différence dans la gestion financière de votre entreprise. Une plate-forme fiable qui met l’accent sur la sécurité de l’environnement sera essentielle à cet égard. Mais pour viser moins de contrôle et plus de création de valeur, il faut d’abord que votre partenaire offre suffisamment de garanties que les données ne sont pas polluées.

Dernier point : évaluez à fond les opportunités, mais aussi les limites de PSD2. Il est possible que vous utilisiez déjà une API non-PSD2 qui offre des informations plus riches que PSD2 n’offre pas, ce qui est essentiel pour votre organisation.

Rik Coeckelbergs
The Banking Scene

Rik Coeckelbergs est le fondateur de The Banking Scene, une enceinte axée sur les réseaux sociaux et une conférence annuelle au Luxembourg et en Belgique. Rik se passionne pour tout ce qui a trait la banque et aux paiements, à la conceptualisation des idées et à la durabilité des business models.

Avant d’occuper sa fonction actuelle, Rik a été Payments and Management Consultant chez Clear2Pay (aujourd’hui FIS), Business Controller chez Colruyt et Senior Product Manager Daily Banking chez bpost bank. En 2009, il a créé une communauté Linkedin “Innovation In Payments” qui compte actuellement plus de 24 000 membres actifs dans le monde. Grâce à ce mélange unique d’expériences de la finance, de la stratégie et du marketing dans les services financiers et la distribution, Rik a acquis une vue holistique du marché des services financiers et des multiples défis qu’il pose aujourd’hui. Ses nombreuses années d’expérience lui ont permis de développer une approche pragmatique dans la manière d’aborder des défis critiques et de contextualiser les dilemmes.